Hypnose et TCC : intro

Quand après 20 minutes de conduite, vous vous dîtes « Merde ! Je suis déjà arrivé.e ? Mais je ne me souviens plus de la route ! ». Quand regarder un feu de cheminée, les vagues sur plage vous absorbe tellement que vous ne savez même plus à quoi vous pensez. Quand après un accident, vous ne vous rendez pas compte que votre petit doigt est arraché… vous connaissez une dissociation qui résume l’état de transe hypnotique. Cet état est connu de l’être humain sûrement depuis la nuit des temps, de beaucoup d’autres animaux aussi, enfin peut-être. En tout cas, la gazelle qui se fait dévorer vivante par les lionnes ne se débat pas, et ne semble pas ressentir la douleur qu’elle devrait ressentir, et le chien peut écouter le vent pendant de longues minutes sans même se rendre compte qu’un chat inconnu passe près de lui.

Les transes existent dans toutes les religions, doivent depuis longtemps être utilisées par les êtres humains, pour approcher les Dieux, passer le temps, faire de la magie et même soigner. Après tout, quand on persuade un enfant qu’un bisou qui guérit va le soulager et que cela fonctionne, on lui propose une petite passe d’hypnose conversationnelle, on fait appel à son imagination pour modifier la perception qu’il a de la réalité.

L’hypnose en thérapie existe depuis près de 200 ans, et cela fera l’objet d’un prochain article. Ce qu’il faut savoir pour l’instant c’est qu’actuellement, les formes d’hypnose qui dominent en thérapie sont l’hypnose en PNL, l’hypnose Ericksonnienne, l’hypnose Humaniste, qui sont des formes d’hypnoses issues d’une vision Freudienne et Rogerienne, qui se définissent elles-mêmes comme « douces » et s’opposent par conviction aux formes d’hypnose dites de « spectacle ». Il ne s’agit pas de décrier ces formes d’hypnose, elles ont bien des vertus, mais supposent que le patient doit trouver lui-même le chemin de la guérison. Ces hypnoses passent trop souvent par des suggestions indirectes, des métaphores que les patients doivent être en mesure de décrypter eux-mêmes, et passent à côté de tout un champ d’action thérapeutique possible de l’hypnose. Quelques hypnotiseurs qui la plupart du temps se sont proclamés thérapeutes utilisent parfois des formes d’hypnose plus « actives » et profitent de l’état de transe pour faire des suggestions directes. Malheureusement, pour beaucoup, en plus de ne pas être formés réellement à la thérapie, ils voyagent dans des sphères assez ésotériques et vous proposent de parler avec les défunts, de faire des voyages astraux, de vous exorciser, de faire revenir l’être aimé. Quand ils ne voyagent pas dans ces sphères, ils peuvent vous proposer la lune en vous affirmant, avec le succès que l’on connaît, de vous faire arrêter de fumer, de vous faire un noeud hypnotique à l’estomac si vous avez des problèmes de TCA, de vous faire oublier des événements traumatisants, etc.

Dans ces approches, l’hypnose fonctionne comme un mode thérapeutique à part entière, et l’on oublie que pour un changement chez le patient, il faut d’abord travailler sa motivation, il faut l’exposer à ses anxiétés pour qu’il sache les affronter, et que les baguettes magiques ne fonctionnent que si le patient croit en la magie. Tant et si bien que les patients sont souvent déçus, car les résultats ne viennent pas ou ne perdurent pas.

Toutefois de nombreux thérapeutes aguerris aux méthodes scientifiquement validées sont impressionnés par l’outil et se forment. Puis, ils essaient avec leurs patients, considèrent l’état de relaxation que les transes légères peuvent apportées et… sont déçus par les applications de l’hypnose en termes de prise en charge en psychothérapie, car à moins de virer totalement hypnothérapeute, la technique parait limitée. D’ailleurs, si l’on cherche hypnose et TCC sur Google, c’est l’EFT pour soigner les phobies qui ressort ou des pamphlets sur le fait que contrairement aux TCC et autres approches scientifiquement validées, l’hypnose reste humaine, prend en compte le développement personnel du patient… et pourtant l’hypnose est un outil très efficace.

Oui, l’hypnose est un outil très efface quand il n’est pas utilisé comme une panacée, quand il aide à faire des TCC, quand il est utilisé avec les patients qui en ont besoin, dans le cadre d’un protocole, pour faciliter d’autres exercices comme l’entretien motivationnel, les expositions, la restructuration cognitive. Quand on intègre ainsi, et comme il se doit, l’hypnose aux prises en charge, quand on la comprend, comme un outil qui concerne l’approche comportementale et cognitive, quand on la réfléchit dans nos analyses fonctionnelles, alors l’hypnose devient un véritable atout pour le thérapeute.

Pour cela, il faut maîtriser l’hypnose sous toutes ses formes, connaitre son fonctionnement, ses mécanismes, ses limites, ses dangers. En amont, il faut avoir une véritable formation de psychothérapeute, savoir prendre le temps d’un diagnostic, avoir des lignes de bases, connaître les protocoles de prise en charge, réfléchir à la place d’une « étape hypnotique » dans la prise en charge globale d’un patient. Alors, et seulement alors, des résultats efficaces seront possibles grâce à l’hypnose.

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