Place de l’hypnose dans un cas en TCC

Cet article, sans doute trop rapide, sert à appuyer l’idée que l’hypnose utilisée dans le cadre des TCC est une aide et non une thérapie.

Imaginons donc que vous êtes psy, plutôt TCCiste – pour tout psy rodé.e à une approche structurée de prise en charge, le développement peut être le même mais avec sans doute des mots différents. Dans votre pratique l’idée d’utiliser l’hypnose devrait juste être présente quand la technique peut aider à l’exercice thérapeutique, quand elle facilite quelque chose pour le patient (quand il s’agit de lever certaines difficultés) et à la limite quand elle permet d’être plus rapide. Je dis bien à la limite, car l’un des défauts qui peut exister chez le thérapeute qui utilise l’hypnose est de se croire toujours plus rapide, voire plus efficace grâce à l’hypnose. Ce défaut amène parfois à faire n’importe quoi, à ne plus se soucier des démarches structurées de prise en charge et mène vers le côté obscur de la force.

Donc, voyons la place de l’hypnose dans la structuration d’une TCC… un nouveau patient se présente…

« Bonjour, je vais reprendre votre nom, votre prénom, votre adresse, votre âge, etc. »… De simples informations où l’hypnose n’a rien à faire. On évitera donc quand on fait des TCC d’ajouter : « Est-ce que vous avez déjà été hypnotisé ? » ou « Qu’est-ce que vous pensez de l’hypnose ? »… Si ces questions doivent venir, elles viendront en leur temps.

De même, si vous avez l’habitude de vous présentez aux patients et de présentez vos pratiques, il est déconseillé de mettre l’hypnose en avant… « J’utilise des outils issus des TCC, en fonction de vos demandes, des problèmes que nous allons identifier ensemble »… Implicitement, l’hypnose fait partie de ces outils. Vous n’avez pas l’habitude de vous présenter en disant : « Et a certains moments, si cela est possible, je ferai des double-échos afin de mettre en avant l’incohérence de certains de vos propos », alors pourquoi mettre en avant l’hypnose ? Encore une fois cela viendra en son temps, si cela doit venir. Il est inutile de créer des attentes chez les patients, d’autant que vous ne savez même pas ce que ces attentes risquent de créer. Parfois, les patients peuvent se sentir anxieux quand vous évoquez l’hypnose, parfois ils sont déçus car ils voyaient chez vous quelqu’un qui allait prendre en charge leurs problèmes sur un versant TCC. Parfois, ils vont juste se précipiter sur cette solution qu’ils vont trouver « magique » en insistant pour que vous l’utilisiez, et vous aurez beau leur dire : « Je ne peux pas vous rendre heureux.se par une passe hypnotique », ils répondront : « essayez quand même ».

Alors l’alliance thérapeutique me direz-vous ! Elle est parfois améliorée quand les patients savent que l’on fait de l’hypnose, que nous avons des compétences… Ouais, parfois… Parfois ils ont déjà fait de l’hypnose et cherchent autre chose, et ça ne va pas améliorer l’alliance que de leur dire que vous le faite aussi. Parfois… Par contre, quand vous avez déjà créer l’alliance, que vous savez si la personne en face de vous a déjà été consulter quelqu’un proposant de l’hypnose, que vous lui dites : « Pour cette étape je peux vous proposer d’essayer un peu d’hypnose… » qu’elle vous répond : « Vous faites ça vous ? » et que vous ajoutez : « Bien entendu, c’est une méthode efficace pour certaines choses, je me suis formé.e et j’utilise l’hypnose si le patient est d’accord et qu’il en a besoin. »… alors, d’une part l’alliance que vous aviez avec le patient, s’il elle état déjà bonne devient très bonne et, d’autre part, l’hypnose risque d’être d’autant plus efficace, puisqu’en grande partie elle repose sur la confiance que les patients ont en vous et que là, vous avez gagnez des points de confiance. En gros, l’alliance thérapeutique en TCC ne se crée par sur le fait de pratiquer ou non l’hypnose, et c’est donc l’hypnose qui nécessite une bonne alliance, pas le contraire.

Disons que nous en sommes à l’anamnèse… Encore une fois, pas vraiment de place pour l’hypnose. Les patients peuvent peut-être l’évoquer dans leur parcours, mais retenez-vous de sauter sur l’occasion pour leur dire que vous pouvez les faire entrer en transe juste en claquant des doigts. A la place, écoutez leur histoire, accueillez les émotions… faites une anamnèse. « Oui, mais si le patient à des difficultés à parler de certaines choses et que l’hypnose peut l’aider ? »… Ok, c’est vrai, l’hypnose peut servir à cela, mais dans ce cas, vous avez déjà fait votre anamnèse, et vous avez même était plus loin en reconnaissant que l’un des problèmes est d’avoir des difficultés à évoquer certains événements ou certaines choses, vous avez fait votre Analyse Fonctionnelle, vous êtes arrivez à la conclusion que l’hypnose sera une aide précieuse. En gros encore, faites votre anamnèse sans vouloir à tout prix placer vos compétences hypnotiques et on verra plus tard.

Le diagnostic ? Même combat !

L’analyse de la demande ? Toujours pareil ! « Oui, mais si la demande est : je sais que vous pratiquez l’hypnose et je voudrais… », la réponse devrait être « Votre demande c’est de changer quoi exactement ? Quel comportements, quelles pensées, quels problème vont être nos cibles thérapeutiques ? Quand je le saurai, quand nous aurons ensemble déterminé les problèmes, si l’hypnose apparait comme l’outil efficace, alors je tenterai de vous hypnotiser, mais votre demande, c’est un changement, pas « Mettez moi sous hypnose », juste comme ça. »

La psychoéducation ? Comme les études montrent que l’hypnopédagogie ça n’existe pas vraiment… Encore une fois pas d’hypnose. Vous expliquez un fonctionnement, vous donnez des connaissances qui devraient générer des compétences. Pourquoi feriez-vous cela sous hypnose ?

L’Analyse Fonctionnelle… Toujours pareil ? Non, en fait, pas vraiment. L’AF s’avère être le premier outil thérapeutique, même si parfois on l’oublie. Donc, nous aurons ici un avis plus nuancé. L’AF en elle-même n’a pas besoin d’hypnose. Toutefois, parfois les patients n’arrivent pas à expliquer ce qu’ils ressentent dans certaines situations problèmes, n’arrivent pas à exprimer leurs pensées. Alors parfois, l’hypnose va permettre de faciliter l’exercice. Nous verrons par quel processus dans un autre article, mais il n’est pas à exclure que quelqu’un ayant, par exemple, peur des araignées soit bloqué dans la description de la situation : « je vois une araignée » parce que rien ne lui vient, aucune imagerie mentale, aucune pensée, même pas de souvenirs d’une émotion précise. Alors, une petite suggestion (c’est un peu plus compliqué pour ne pas faire n’importe quoi) qui amène le patient à s’imaginer la situation sous hypnose permettra d’avoir accès aux émotions, aux images, aux pensées, etc.

Un autre lien entre hypnose et Analyse Fonctionnelle est à prendre en compte. C’est l’AF, normalement qui détermine l’exercice thérapeutique que l’on propose au patient, c’est donc l’AF qui nous amène à penser « pour ça, l’hypnose sera efficace ». Le problème, mais là encore nous en parlerons dans un autre article, est que l’hypnose pourrait être considérée efficace pour tout, et dans ce cas, pourquoi même faire une AF ? Le patient est phobique des chiens ? Suggérons lui sous hypnose qu’il n’aura plus jamais peur des chiens ! La patiente à des humeurs dépressives ? Suggérons lui sous hypnose que la vie est belle et qu’elle sera heureuse à jamais ! Dans une démarche structurée, dans une démarche TCC, partons plutôt d’un principe simple du type, « l’hypnose n’est efficace pour rien, mais c’est un levier thérapeutique extraordinaire quand on en a besoin ». Avec ce principe, pour faire simple, nous allons tenter de déterminer dans l’AF quels éléments nous permettent de supposer que l’hypnose sera efficace. Ainsi, et toujours en simplifiant les chose… Le patient a peur des chiens, c’est donc l’exposition qui sera efficace, mais nous comprenons par l’AF que tout n’est qu’évitement chez lui, il n’y a aucune chance qu’il commence même une hiérarchie d’exposition. Alors l’hypnose va nous permettre de passer des étapes, va lui permettre de passer la première étape, de s’exposer sans une trace d’anxiété à la photo en noir en blanc et floutée d’un chien, alors que d’ordinaire, ses yeux se ferment juste à l’idée que cette photo existe. La patiente a des humeurs dépressives, l’activation comportementale est la solution mais la patiente est tellement anxieuse à l’idée même de faire quelque chose… Alors pourquoi pas l’hypnose ? La Restructuration Cognitive est une autre idée, mais la patiente n’arrive pas à faire émerger les alternatives au bon moment, alors l’implémentation d’idée par hypnose est peut-être une solution.

Ainsi, une telle démarche va justifier, expliquer, valider, l’utilisation de l’hypnose en TCC et dans une approche structurée des psychothérapies.

La motivation est difficile à faire évoluer chez ce patient ? Peut-être qu’une projection hypnotique dans le futur (nous parlerons de cela plus tard, mais c’est assez efficace) lui permettra d’avancer, mais si elle n’est pas nécessaire, alors pourquoi le faire ?

Les exercices d’affirmation de soi bloquent parce que le patient part sur un versant agressif de manière automatique ? Peut-être que l’hypnose peut lui permettre de jouer une scène en recopiant un comportement adaptée qu’il vient d’observer.

L’estime de soi est bloquante chez cette jeune fille et n’évolue pas malgré le travail ? Peut-être qu’une visualisation efficace permettra de passer au dessus de cela et permettra de continuer le travail thérapeutique.

En résumé, la question quand l’idée de l’hypnose nous vient en tant que thérapeute est : « pour quelles raisons je ne vais pas utiliser l’hypnose ici et maintenant ? » et la réponse doit être : « parce que je n’en ai pas besoin ! ». C’est pour cela que l’hypnose sera efficace en TCC, parce qu’à un moment, elle est utile et que c’est par des AF et des analyses des difficultés des patients que l’on peut s’en rendre compte et l’intégrer dans la prise en charge.

Alors l’analyse de cas qui va intégrer l’hypnose aux TCC sera simple :

  1. Contexte
  2. Anamnèse
  3. Diagnostic différentiel
  4. Analyse Fonctionnelle
  5. Projections thérapeutiques
  • Pourquoi je ne fais pas d’hypnose ?

Un problème, un besoin d’avancer… Alors pourquoi pas de l’hypnose ? … Avec les bonnes questions :

  • Sur quelle demande ? / Sur quel Problème ? / Dans quel but ?
  • Quelles attentes du thérapeute ? / Quelles attentes du patient ?
  • Quelles vont être les croyances aidantes ? / Quelles vont être les croyances limitantes ?
  • Quelles précautions sont à prendre avec ce patient ? / Dans ce contexte ?
  • A cause de mes réponses précédentes, pourquoi je ne vais pas utiliser l’hypnose ?

Bah tout compte fait, je vais utiliser l’hypnose alors : 

  • Quels sont mes objectifs ? Comment je peux les atteindre ?
  • Quel protocole d’hypnose dans quel protocole de prise en charge ?
  • Quels niveaux de base ?
  • Pourquoi ne pas utiliser l’hypnose ?

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